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Acharnement thérapeutique

Acharnement thérapeutique, souffrance animale

 

Voilà une expression qui couvre un très grand nombre de notions et je pense qu'il est utile que nous en parlions.

Il arrive souvent que, face à la découverte d'une maladie sérieuse, nos clients nous annoncent leur désir de ne pas pratiquer "d'acharnement thérapeutique" sur leur animal.
Comme souvent ces expressions empruntées aux relations humaines, ne représentent pas les mêmes notions dans tous les esprits.

 

L'acharnement thérapeutique c'est quoi ?

Pour moi il y a acharnement thérapeutique dès lors que les soins ne sont plus là pour fournir un meilleur confort de vie à l'animal. Pour Wilkipedia, qui parle de cette notion face aux soins chez l'homme il s'agit de: l'emploi de thérapies exagérément lourdes pour le patient, disproportionnées par rapport à l'amélioration attendue. Le refus de cet acharnement pouvant conduire à la mort. Il pose le problème du conflit entre la liberté du patient et les convictions, voire les intérêts financiers, du corps médical.

 

L'avantage de cette définition est que d'emblée l'accent est mis sur les intérêts financiers du corps médical. Effectivement dans cette expression quand elle concerne l'animal il est clairement sous entendu, je n'ai pas envie de dépenser des sommes importantes pour quelques jours de vie inconfortable. Pour l'animal en effet, le payeur des soins est aussi le commanditaire. Cette différence prend une importance fondamentale quand il s'agit de soins lourds.

Les notions de douleurs, confort et bien être animal, prix, durée de vie, compétence du vétérinaire sont toutes évoquées dans cette crainte de l'acharnement.

A cette notion je voudrais opposer le droit pour l'animal à être soigné. Le droit de recevoir des soins qui, même s'ils peuvent être brièvement pénibles, vont le conduire à des jours agréables. Imaginez notre surprise quand nous entendons ce "refus de l'acharnement" pour une maladie infectieuse dont nous savons pertinemment qu'elle va disparaître à la suite d'une brève intervention thérapeutique.

Prenons l'exemple d'une infection utérine. Sans être comparable cette maladie est à peu près aussi grave qu'une appendicite. Comme cela est admis dans les bonnes pratiques médicales pour une telle affection nous allons proposer une hystérectomie. Cette intervention va conduire à la guérison dans la très grande majorité des cas, sans séquelles.  Pourtant, si l'on considère le prix, l'intensité des soins nécessaires, cela peut ressembler à une intervention déraisonnable pour certains.

Même si nous sommes très confiant face à cette maladie nous ne pouvons non plus jamais assurer 100% de réussite. On imagine alors aisément comment la discussion peut devenir compliquée.

Cette intervention peut sembler simple et abordable pour certains et folle à d'autre. L'appréciation dépend du budget de chacun et de son regard sur la médecine.

 

Pour clarifier la réflexion, prenons un autre exemple extrême. Votre vieux chat est atteint d'un fibrosarcome. Après une intervention chirurgicale l'analyse histologique indique qu'il serait profitable de faire une radiothérapie. Pour ce vieux chat de 16 ans, la radiothérapie risque d'être mal supportée. D'un autre côté s'il y a rechute ce vieux chat ne pourra pas subir une seconde intervention. Clairement vous avez les renseignements que la radiothérapie diminue de 50% le risque de rechute…

Pour moi il faut laisser ce chat tranquille. A seize ans il risque de mal vivre deux mois de soins intensifs. Fibrosarcome ou non il est probablement assez proche de sa fin de vie. Nous pouvons prendre la sage décision que s'il y a rechute et qu'il s'en trouve gêné dans son quotidien, alors nous ferons une euthanasie. Mais voilà c'est mon avis.

Nous n'avons pas encore parlé de sous… Imaginons que le coût des rayons soit supérieur à votre revenu mensuel… cela modifie t il votre choix?

 

Dans cette notion d'acharnement thérapeutique il faut comprendre que chacun à une position personnelle. Il faut y réfléchir en sachant que le prix des soins influence notre décision. Certains soins peuvent être entachés d'une connotation négative.

Parfois il est juste utile que nous en parlions. Les choses ne sont pas forcément ce que vous imaginez. Cela nécessite que vous nous fassiez confiance !

 

 

Je ne veux pas qu'il souffre

 

Cette idée est proche de la précédente. Elle est tout aussi imprécise ! Il nous arrive d'entendre cela quand nous proposons d'hospitaliser un animal ?

A cette idée je voudrais opposer comme précédemment le droit de l'animal à traverser une période de maladie.  Moi non plus je ne voudrais pas qu'ils souffrent mais il ya la maladie et je pense que nous ne devons pas systématiquement baisser les bras!

 

Tenez, il n'y a pas si longtemps je voyais un jeune yorkshire dont les dents étaient très abimées et qui présentait manifestement des douleurs buccales. Comme je proposais une intervention chirurgicale la propriétaire m'a répondu "ah non, je ne veux pas qu'il souffre!"

Oui mais le chien est reparti avec ses dents douloureuses.

 

J'ai des clients qui ne veulent pas que leur animal reçoive une perfusion. Qu'il soit endormi… Je pense qu'il y a de la méconnaissance médicale. Certes les soins sont désagréables mais cela reste supportable.

 

Je vous propose donc de raisonner comme pour vous. Si vous avez mal aux dents, acceptez vous de voir le dentiste et son horrible roulette. Si vous avez une hépatite, pensez vous qu'il peut être nécessaire de vous hospitaliser ?

 

En revanche si vous savez que vous ne guérirez pas, est ce nécessaire de vous hospitaliser? Préférez vous un antalgique  ou la mort de suite…

 

En résumé

Personne, je veux dire ni vous ni moi,  ne désire voir son chien souffrir et surtout  souffrir à cause de soins qui n'apportent pas de confort. Pour pouvoir répondre à une proposition de soins il est important que vous puissiez donner une réponse claire à ces quatre questions :

  • Pensez vous que des soins appropriés vont apporter un résultat suffisant à votre chien ?
  • De quelle somme disposez vous pour ces soins ?
  • Pensez vous que votre vétérinaire est en mesure d'apporter les soins nécessaires. Dans quelle mesure avez vous confiance ?
  • Avez vous bien compris à quoi conduit le rejet des soins proposés

Il est important que les réponses à ces questions restent indépendantes les unes des autre. Vous constatez donc, que nous pouvez éclairer votre décision pour la première question mais nous n'avons rien à dire qui puisse influer vos réponses aux deux questions suivantes.

Si vous faites confiance à votre interlocuteur, cela dépend de votre réponse à la question trois, acceptez vous de suivre ses recommandations si les soins proposés ne se font pas.