Traiter la peur

 

Comment s'organise le monde

Notre perception du monde est sous la dépendance de processus fonctionnels cérébraux.

Habituation et sensibilisation sont  deux processus protecteurs exactement opposés. Avec la sensibilisation, l'individu réagit de plus en plus vivement à une stimulation. Ce processus permet à l'individu de se protéger des principaux dangers.

L'habituation en revanche, permet à l'individu de réagir de moins en moins face à une stimulation. Cette diminution de la vigilanc

e économise de l'énergie et permet à un individu de ne pas s'alerter face à une situation sans danger.

La généralisation est un processus qui permet de catégoriser le monde. Des stimulations proches vont être mémorisées comme appartenant à la même catégorie. La généralisation se fait de façon préférentielle pendant la période de développement   (5-10 semaines chez le chat, 6-12 semaines chez le chien). Après cette période le processus se ralenti.

L'anticipation est un processus qui associe un contexte et une stimulation. Les signes annonciateurs d'une situation provoquent la réaction associée à cette stimulation. Par exemple un chien se réjouit de voir sa laisse…

 

Remarquons un point important. La dangerosité d'un événement est évaluée en fonction de la peur provoquée. Plus un événement fait peur plus il est considéré comme dangereux, indépendamment de toute atteinte physique. Ce point explique comment une peur infondée peut s'installer.

Remarquons également l'influence de notre entourage. Vivre avec une personne qui redoute une stimulation nous pousse à un comportement similaire. Pour cette raison l'influence de la mère est primordiale.

La notion de seuil de réaction

Au cours du développement comportemental, l'individu apprend à réagir de façon modérée à toute stimulation dont l'intensité se situe sous un certain seuil. Cette limite se nomme seuil d'homéostasie sensorielle. Quand l'individu est confronté à des stimulations dépassant le seuil homéostasique, les réactions sont des réactions de peurs intenses. L'habituation ne peut plus avoir lieu. Au delà de cette limite, le cerveau ne fait plus appel au contrôle cognitif et l'apprentissage disparaît.

 

Principe du traitement

Pour diminuer les réactions de peur, il faut obtenir une habituation. Celle ci survient quand le nombre d'expositions est suffisant, à condition que les réactions restent en dessous du seuil d'homéostasie.

Pour que la sensation de "danger mortel" disparaisse, il est nécessaire que le sujet soit exposé à la stimulation qu'il redoute jusqu'a moment où sa réaction diminue et repasse sous le seuil de panique. A ce moment le cerveau cognitif peur reprendre ses fonctions et il peut s'installer une trace mémoire de danger raisonnable.

Cf. courbe

SSD 480:Users:gerardmuller:Desktop:Courbe de peur.pdf

Influence du traitement médicamenteux

Sur la courbe il est facile d'imaginer que l'exposition doit être durable. Sur la courbe 1, le temps du retour du contrôle cognitif est plus long que pour la courbe 2

Pour réussir à diminuer les réactions de peur, il est nécessaire d'exposer l'animal à la stimulation qu'il redoute, de façon modérée pour que la courbe de réaction soit la plus faible possible. Il faut réussir à rester dans la même situation jusqu'à ce que le retour au calme soit observé.

Le traitement permet de modérer les réactions. Il rend possible la thérapie.

 

En pratique

Si votre animal connaît des réactions de peur anormales vous devez entreprendre un traitement pour que ces peurs ne deviennent pas envahissantes.

Il faut le médicaliser pour pouvoir réussir la thérapie dans un temps raisonnable.

Une fois les effets du médicament installés, vous devez exposer votre compagnon à la stimulation qu'il redoute, mais de façon modérée. Sa réaction de peur sera effective mais modérée. Vous pourrez alors lui imposer de rester en situation jusqu'au retour du contrôle cognitif.

Des expériences répétées lui permettront de ne plus réagir de façon anormale et de "s'habituer progressivement".

Nous nommons cette thérapie, l'immersion contrôlée. Effectivement l'animal est exposé aux stimulations qu'il redoute mais ses réactions sont modulées par la distance (ou l'intensité) de la stimulation et par l'influence du médicament.

 

Un chien par exemple redoute les gens. Rendez vous sur la place du marché mais restez assez éloigné. Installez vous sur un banc et lisez tranquillement. Après trente ou quarante minutes, le chien se calme et se couche. Il commence à s'habituer.

Sans le traitement les réactions de peur ne vous auraient pas permis de rester et il aurait sans doute fallu plusieurs jours pour voir le chien se calmer. Il y aurait eu un risque de sensibilisation et d'aggravation.